Le Crépuscule

Crépuscule sur la Camargue.

  Hé bien non ! Le Seigneur de notre Provence n'a pas daigné terminer cette année avec nous. Il n'a pas voulu quitter son pâturage nuageux et nous inonder par sa lumière. Serait-il fâché avec nous ? Je ne le crois pas, car hier il nous a fait un "coucou" imprévu qui a rallumé nos visages. Les déclics mis au rebut depuis quelques temps ont éclos à nouveau de leurs appareils que l'on porte par principe, toujours en bandoulière.

  Une journée pareille ne se rate pas, certains ont les quais du Rhône comme sanctuaire, d'autres les espaces plus vastes les réjouis. A chacun ses possibilités et ses sensibilités.

  J'aime ces instants de calme dans cette nature hivernale, ou seuls la torpeur des eaux, clapotis et chants  d'oiseaux préparant déjà leur envol du soir. Ces cris exubérants sonnant rassemblement, vols surgissant des étangs pour sauter les montilles, respectant parfait alignement. Ils traversent un instant la colonne pourpre du peintre éphémère, qui s'allonge sur les flots moutonneux comme pour les  incendier. Sa lumière façonne à son gré les pastels célestes, modifiant tour à tour les nuages et les eaux.

  Il a même ce pouvoir de rendre la "mer bleue", de ce rose très pale, que seuls les yeux présents savourent abondamment. J'aime cet instant ou la nature s'arrête, souffle et change l'univers en un tour de magie. Moment précis où ciel, terres et eaux ne font qu'un. Où seules silhouettes et arbustes déchirent ce tableau, que nul peintre peut graver, car c'est bien trop rapide, le temps de l'observer il est déjà changé.

  La Camargue a ce don, d'être toujours la même, celui de nous montrer que chaque jour est plus beau et qu'il n'y faut rien toucher.

JpC