Le Cabanon, un moment de bonheur !

8. mars, 2015
23. oct., 2014

 

 

Quand la réalité dépasse la légende.

 

  Tout au long de la côte méditerranéenne, depuis Saint-Mandrier jusqu'aux Saintes-Maries de la Mer, le littoral est souligné à de nombreux endroits par de petites bâtisses hétéroclites, que l'on appelle les "Cabanons". Tous dans un style un poil douteux, agrémentés de végétations disparates et fantaisistes, qui arborent des fleurs, qui affichent ses filets de pêche, le tout aux abords de cette architecture pour le moins incongrue.

 

   "Ce Dimanche annin au cabanoun ".   Qui, pour un provencal, n'a pas entendu au moins une fois cette phrase, faute de pouvoir participer à cette retraite séculaire pour le moins sanctifiée.

    " Le cabanon ? Ha vous n'avez pas de cabanon ? Hébé ! je vous plain. Ho bonne mère, alors vous ne savez pas ce que c'est que le bonheur et la vie",

Exagération Marseillaise me direz-vous, et bien non, tous ceux qui l'on vécu le pense réellement.  Je peux vous affirmer que ces petits bouts de matériaux venus d'ailleurs, assemblages de briques et de broques, peints d'un badigeon bon marché, vite délavé par l'air marin, abritent les meilleurs moments que nous laisse une semaine surchargée.

 

   Construits depuis la nuit des temps, pour la plus part par des pêcheurs professionnels, qui ne pouvant se rendre chez eux après leurs journées de pêche, se reposaient dans ces masures spontanées, mais qui au fil du temps on été régularisées. La transmission se faisant de génération en génération, avec les mêmes meurs, les mêmes coutumes, les mêmes recettes, les mêmes boules de pétanque, la même marque de pastis fait maison. Le barquet ou le pointu, est là, tout près, avec les hameçons les lignes et les filets tapis dans le fond, prêts à appareiller. Demain, comme il fera forcément beau, nous serons les premiers à rafler les dorades et autres, avant qu'il ne fasse trop chaud.

 

    Quoi de plus beau que cette nappe azur à l'infini, ce soleil qui nous aveugle et nous donne bon teint, que cette ligne qui brusquement s'enfonce et surgit d'un seul coup d'un joyau argenté tout au bout de son brin. Ho qu'elle va être bonne cette bouillabesse, que nos femmes inquiètes attendent d'un bon pied. Shut! écoutez ce doux silence de la mer, ces clapotis des vagues qui ondulent, là contre le bateau, ces poissons argentés qui se trémoussent dans la cale et nous font des reflets, ces mouettes intrépides qui nous surveillent, jalouses et orgueilleuses essayant de nous impressionner. En ce matin la mer est d'huile, rien pour la contrarier.

 Pum,pum,pum…Comme ces grands marins venant des courses longues, nous voila dans le port de la calanque ombragée. Du haut de notre fier équipage, nous toisons ces gens là, tous amassés en une longue, file désirant pouvoir nous imiter. Ivres de soleil, d'embruns et de fatigue, heureux que ce moteur soit enfin arrêté, nous débarquons, furtifs, ce trésor maritime, que nul ne s'aviserai de voir ou de toucher.

   Après un inventaire soigneusement mené, la masure tout entière s’anime, les fourneaux sont en fête, ustensiles, cris,  soupirs forment un tintamarre,  qui d’une main experte, la ménagère transforme en une symphonie. Des parfums doucereux très bientôt nous rassurent, les écailles enlevées nos poissons sont enfouis dans ces herbes et cette huile qui sent bon ce merveilleux pays. Nous voici libérés pour déguster ce « petit jaune », breuvage incontournable et frais, sous les micocouliers assis à cette table, avant de partager cette spécialité.

                                                                        JpC

 

 Cabanon, le poète te chante, pour preuve c'est qu'il a déjà du te goûter !

 

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